Des Touristes À Six Shillings Par Jour

Morteza Allahyari and Evan Nicolaidis

Les soldats australiens ont souvent choisi de courir le risque d’être tué et de faire face aux dangers de la guerre pour faire du tourisme et gagner en même temps six shillings par jour.

Westminster Abbey, 1918

Westminster Abbey, 1918. Ray Jones collection, 1981.0081, NN/2350

Ray Jones n’avait que 25 ans quand il s’est enrôlé le 25 juin 1915. Étant responsable des transmissions dans le 19ème bataillon de la Force impériale australienne, il est parti la même année pour le front et a servi en Égypte, en France et en Belgique. Il écrivait régulièrement des lettres à ses parents en Australie et tenait un journal intime pendant la guerre. Sur la totalité des notations dans ce journal, environ les trois quart sont consacrées à des expériences de voyage. La première entrée nous raconte son bref séjour à Lemnos, une île grecque, où il fait une promenade au village de Portianou. Arrivé à Alexandrie, une ville d’Égypte, il visite les anciennes tranchées où il trouve quelques curiosités qu’il porte plus tard à un magasin local français pour les envoyer quelque part, sans doute à sa famille. Il visite aussi un village et prend des photos. Il va ensuite au Caire et y visite les mosquées du sultan Hassan et d’Ibrahim Agha, ainsi qu’un musée.  Au cours d’une visite à Mataria, il voit l’arbre sacré et le puits de la vierge Marie. Arrivé en France, il achète des souvenirs à Marseille. Ayant obtenu une permission en 1917, il décide d’aller en Angleterre. C’est à Londres qu’il fait des courses et visite la tour de la ville, ainsi que l’Hippodrome à Willesden. Puis, à Stafford, il rencontre sa grand-mère et sa tante, avec qui il visite une église. Il est parti finalement pour Paris où il visite bon nombre de sites, dont la tour Eiffel, le Louvre, les Tuileries et le Sacré Cœur. Après la guerre, il est retourné en Angleterre et s’est marié avec une Anglaise, avec laquelle il part pour Australie à la fin de 1919. C’est à partir de ces notations que nous pouvons déduire que Ray Jones a fait beaucoup d’activités touristiques et qu’il a saisi toute opportunité pour voyager.

Né le 5 novembre 1874 à Melbourne,  Sir Alfred White était médecin australien qui a servi comme major au 2ème Hôpital général australien à Boulogne, France, pendant la première guerre mondiale. Avant de partir pour le front, il a terminé son diplôme en médecine à l’Université de Melbourne en 1906 et a travaillé comme médecin dans différents hôpitaux, dont l’hôpital Alfred de Melbourne. De plus, il est devenu professeur de la même université. Pendant la guerre, il a tenu lui aussi un journal. Par exemple, il décrit son expérience à Biarritz, ville au sud-ouest de la France, près de la frontière espagnole, le 29 novembre 1918. En tant que touriste, il raconte en détail comment il a pris un train de Boulogne à Paris avec son collègue, ensuite de Paris à Bordeaux et enfin à Biarritz. Il décrit également de magnifiques montagnes et de belles plages de sable du sud. White ajoute qu’ils se sont sentis comme des millionnaires quand ils sont restés à l’Hôtel du Palais à Biarritz. Donc, on peut voir à travers ses remarques et sentiments qu’il considère ces voyages comme une expérience qui ne se renouvellera  jamais.

Sir Wilberforce Newton, lui, en plus des ses récits de voyage, a pris beaucoup de photos. Dans son journal intime, par exemple, il raconte la belle vue de Gibraltar en route pour l’Angleterre. Dès qu’il a débarqué à Plymouth, il a pris le train pour Londres via la charmante campagne. Il a pris des photos de la magnifique Cathédrale de Salisbury et a visité le Parc royal et un zoo. Il voyageait beaucoup pendant son service militaire et a fini par faire un album. C’est dans cet album qu’il a classé les photos par ordre chronologique pour raconter et classer méthodiquement ses visites touristiques au cours de la guerre.

En 1917 il est retourné à Melbourne, où il s’est mis à travailler dans l’hôpital Alfred. Il est décédé le 3 octobre 1956 à Fitzroy.

Bibliographie

James, S. 2002, “White, Sir Alfred Edward Rowden (1874–1963)”. 2013. Web. 18 October 2013.  http://adb.anu.edu.au/biography/white-sir-alfred-edward-rowden-12008.

Jones, R. “1916 and 1917 Diaries of Signaler Ray Jones 19th Battalion, Australia Imperial Force”. (1916). Print.

Newton W, “Personal, 18 May to 2 Dec 1915” (1915). Print.

Richar, W. “The Soldier as Tourist: The Australian Experience of the Great War”. WAR&SOCIETY, 5.1 (1987):  63-77 Print.

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le soldat touriste   

 Patrick Pham

Ern Batten était en charge des chevaux (driver), dont le poste se situait dans le nord de la France. Il semble qu’il n’ait pas eu beaucoup d’expérience de la guerre au front.

Il venait du Victoria, de Melbourne, de la banlieue d’Alwood. Il est probable que cette banlieue soit en réalité, ‘Elwood’, mais cette information reste imprécise.

À travers ses lettres à son ami ‘Rip’, Ern Batten semble être plus touriste que soldat. Il découvre le monde qui l’entoure avec curiosité. La guerre ne semble pas être son occupation prioritaire.

Mena House baths, Egypt, 1914

Mena House baths, Egypt, 1914. University of Melbourne Archives, Bishop family collection, 1965.0017, BWP3/306

Le point de vue touristique

La notion de “soldat-touriste “ est proposée par Richard White. Selom lui

“… (The journey) keeps a high moral tone. It is infused with a certain humility and is less likely to end in disappointment. It is intended to be educational, civilizing.”

White  soutient que c’est grâce à cette dimension touristique que les Australiens ont trouvé une façon d’échapper aux soucis et aux larmes de la guerre.

Ern parle beaucoup de ses passe-temps, comme de ses baignades dans la rivière

“We have been getting any amount of real good swimming lately”.

Par ailleurs, il se divertit par le sport. Hormis la baignade, il jouait aussi au “cricket”, un sport d’origine anglaise.  De plus, nous voyons qu’Ern Batten écrit et parle beaucoup de ses distractions et des choses mémorables, mais ne mentionne jamais de privations. Le ton de ses lettres est toujours positif, il décrit aussi les paysages de la France et la beauté de la campagne.

“The country around here is much more interesting than that which we left. It is rolling down like country”.

Cela montre que son point de vue sur la France est celui d’un observateur extérieur qui voyage dans le pays et observe les attractions touristiques.

Tandis qu’il reste en France, il s’inquiète pour l’Australie. Il écrit

“Things certainly are in a very rotten way at the Trust”

en relation avec la société ou il travaille. Ainsi voyons-nous que son lien avec l’Australie est bien réel même lorsqu’il est en France. C’est possible que ce lien lui ait donné la force de faire face aux peines de la guerre, en plus de son approche “touristique” de la France qui lui permet sans doute de prendre de la distance par rapport aux réalités de la guerre et de divertir ses lecteurs.

Une bataille l’a fasciné, il s’agit d’un combat entre un seul avion allemand et un bataillon d’avions Anglais. “We have witnessed some exciting aerial contests here lately.” Puis il décrit le combat entre les avions. Enfin, il dit, “It was about the finest bit of work I have ever seen.” Ainsi, ce commentaire nous montre bien que certains soldats Australiens se considéraient comme extérieurs à la guerre. Certes, il est probable qu’il était bouche bée car il n’avait jamais vu d’avions, mais il  n’éprouve aucune émotion. Il n’était ni  triste ni désespéré par cette violence.

Pour conclure, les lettres d’Ern ne nous donnent pas une expérience normale de la guerre. Il est probable qu’il n’a pas beaucoup combattu. De plus, ses lettres dégagent un air de bonheur, d’insouciance. Malgré cela, nous ne pouvons pas supposer que la guerre ne l’a pas affecté. Le massacre était omniprésent, et ils ont fait face à de nombreux risques. Or, c’est à travers ces distractions qu’Ern Batten a pu voir la guerre sous un angle positif.

Bibliographie

University of Melbourne Archives, Melbourne VIC, Australia, 1917-1918, EJ Batten Collection 2002.0019, Ern Batten

University of Melbourne Archives, Melbourne VIC, Australia, 1914-1915, Photos From David in Egypt, in Bishop, Joseph & Family, UMA/I/4485

University of Newcastle, Cultural Collections, Callaghan NSW, Australia 2009-04-15, Soldiers on leave with female companions – WW1

White, R 1987, The soldier as tourist: the Australian experience of the Great War, in War & Society, 5(1), 63-77, p.65

Une guerre ou un voyage? Vue australienne de la Première Guerre mondiale

Yang Xu

WR Keast photograph

Photograph taken by WR Keast, Egypt, c1915. University of Melbourne Archives, WR Keast collection, 1972.0025

La raison la plus forte de s’engager pour les soldats australiens, c’est le désir de voir le monde. Les gens peuvent s’interroger sur la valeur de cette affirmation, car il semble ridicule de prendre le risque d’être en guerre pour voir le monde. Cependant, une chose à réaliser est que notre perception du risque de la guerre provient de notre «mémoire moderne». La plupart des soldats australiens la considéraient comme une chance qui valait la peine d’être risquée, parce que, disaient-ils, ils avaient moins à perdre, mais plus à gagner. Continue reading