la poésie de guerre

Tomas Kenwery et Alastair Rayner

La poésie a permis à une variété des personnes d’exprimer leurs sentiments pendant la première guerre mondiale, de décrire leurs épreuves et également leurs vies quotidiennes. Ces poèmes ont été écrits par des soldats, des écrivains et des poètes car la poésie était accessible à tous. Ceci est une raison pour laquelle nous avons choisi de l’étudier – elle peut contenir les avis d’un soldat ou d’un écrivain, d’une personne au front ou à l’arrière. Mais aussi la poésie révèle la culture, l’état d’esprit de l’époque.

Goodbye Dear Land de H.T.

Goodbye Dear Land est un poème caractéristique de The Dernière Heure, les initiales de l’auteur sont : H.T. Ce poème traite de la tristesse que l’auteur ressentait en partant de France pour rentrer en Australie. Le poème contient beaucoup de sentiments mélancoliques et d’expression du mal du pays pour la France. En décrivant les traits naturels du littoral et également le bruit de la cloche d’une église qui sonne dans la brise, l’auteur donne une description viscérale de son temps passé en France. En donnant une description bien détaillée, il montre que le temps que l’auteur a vécu en France lui a fait une grande impression.

Ce poème nostalgique évoque des souvenirs heureux passés en France pour les soldats qui s’y sont battus. Ayant passé de longs moments en France, Goodbye Dear Land évoque la tristesse du départ et le pays que ces soldats devront bientôt quitté. Par exemple, il y a quelques strophes qui illustrent cela en utilisant des mots chargés d’ émotion comme “wistful” et “misty eye” :

Goodbye dear land, Derniere Heure

Good-bye Dear Land, in the “Derniere Heure” published at the Australian Section, GHQ, page 33, 3rd echelon, president Sgt L Millard, 1919. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, 1981.0081, box 7 item 5/1/5

 

The Song of the Rifle de E. A. Tardent (Aussie, 12, March 1919, p. 7)

Dans la publication Aussie on peut voir tous les avis sur la guerre. La dernière strophe de The Song of the Rifle illustre l’opinion d’un soldat qui en même temps abhorre et respecte l’arme qu’il doit utiliser :

“And glazed are the eyes and staring,

Sightless and turned to their God,

Where I have spoken and stuttered—

For I am the Chastening Rod.”

Ce poème démontre la peur et le respect donné à une arme à feu. Il semble qu’il ait été écrit par un soldat ou quelqu’un connaissant bien les horreurs de la guerre. Écrit selon la perspective d’un fusil, le poème utilise des mots forts et il décrit la mort sans détour:

“Whenever I speak men die, […]

I make the widows and orphans,

I blight the happiest life”

Cette narration selon le point de vue d’un fusil donne au poème un ton froid et indifférent sur la mort et la vie, ce qui le rend triste et troublant. La publication de ce poème dans Aussie sert probablement à souligner la gravité de la guerre.

 

 

Advertisements

Comment les diggers ont-ils choisi de représenter leurs expériences de la guerre pour leur donner du sens ?

Andrew Corcoran, Olympia Bowman-Derrick et Jasmin Isobe

L’abstraction de la violence et de l’expérience vécue

Face à cette réalité incohérente et fragmentée de la guerre moderne, les témoignages directs assument typiquement un point de vue objectif et impersonnel qui transcende essentiellement l’expérience vécue. Richard White affirme que les diggers ont donné du sens à leurs expériences en imposant une forme esthétique qui a exploité leur irréalité. C’est-à-dire, en représentant de telles épreuves comme des scènes théâtrales, ils ont pu se constituer comme observateurs détachés pour se dissocier et se protéger psychologiquement de la menace omniprésente. Ces modes de représentation ont donc servi en tant que mécanisme protecteur en permettant aux soldats de gérer le traumatisme extrême qu’ils ont subi.

White cite plusieurs d’exemples de lettres et de mémoires dans lesquels le visage mortel de la guerre est transformé en un moment de beauté lyrique. Par exemple, il souligne l’attrait particulier du combat aérien ; un digger caractérisant le spectacle d’un avion qui s’est enflammé et qui s’est écrasé au sol comme “the prettiest sight [he had] ever seen” (p. 72). Une fascination similaire se manifeste dans une lettre écrite par E. J. Batten où un digger qui est alors chauffeur militaire en France en 1918. Décrivant des telles batailles comme “exciting aerial contests” (p. 4), Batten détaille la chorégraphie complexe de manœuvres aériennes alors que les avions engagent le combat.

Letter from EJ Batten, 1918

Page 5, letter from EJ Batten to ‘Rip’, France 6/5/18. University of Melbourne Archives, EJ Batten collection 2002.0019.

“The machine guns of the planes kept up a spitting fire into Fritzy who of course retaliated. Then all of a sudden innumerable aeroplanes of ours swarmed in from all directions and hemmed him in… putting in volleys of fire until the air was full of the crackle of the machine guns… and whistle of bullets.” (p. 5)

Dès que l’avion est forcé à atterrir, il devient évident que son pilote est blessé. Pourtant, Batten ne fait aucun commentaire de ce fait, déclarant plutôt que ce spectacle “was about the finest bit of work [he had] ever seen” (p. 5). Au sein de ce passage nous voyons nettement l’abstraction de la violence, le déplacement du contenu significatif de sa forme vécue de telle manière que cette confrontation mortelle est réduite à une performance divertissante.

L’humour et la conscience ironique

L’humour, ou ce que White décrit comme “the ironic consciousness” (p. 72), est une autre manière utilisée par les soldats australiens pour essayer de donner du sens à l’horreur vécue. Pourtant, l’humour était utilisé par les diggers non seulement pour effacer les horreurs et pour se détacher de la réalité de la guerre, mais aussi pour créer un sentiment de camaraderie, de “mateship”.

Contrairement aux lettres déjà traitées, la publication Aussie met en avant une identité soigneusement élaborée. Le nom même – Aussie – illustre bien l’archétype des soldats australiens, à la fois décontracté et affectueux, viril et courageux. Les diggers ont adapté des textes narratifs afin d’être fiers de leur contribution à l’effort de guerre, tout en créant une identité nationale australienne.

Cartoon from Aussie magazine

Cartoon from Aussie magazine, Ray Jones collection

Aussie est rempli d’humour que se soit sous la forme d’histoires courtes et des dessins humoristiques à propos de la vie quotidienne dans les tranchées, des Français, des problèmes de l’autorité, et bien sûr, des plaisirs réparateurs du rhum.

Un exemple de cet humour : l’article “Why We Should Have an Instructor in Politeness on Corps Staff” donne une illustration de l’ironie des diggers. L’auteur suggère que, peu importe la situation, il est préférable que les diggers se parlent poliment, par exemple, s’il y a un obus qui tombe dans les tranchées, un digger devrait déclarer: “A thousand apologies, but a large shell has arrived in this beautiful trench from the delightful enemy and is, I fear, about to explode” (édition 12, p. 11). Comme White propose, l’ironie australienne se manifeste par l’expression du contraire de ce que nous pensons, “the habit of saying the opposite of what they mean”, à la fois détachée et auto protectrice (p. 75). Néanmoins, la conscience ironique n’est pas individuelle mais collective, la manifestation d’une expérience partagée – c’est la camaraderie.

La nostalgie et le souvenir

L’édition de la publication The Dernière Heure, publié en 1919, est intéressante car elle est remplie d’articles et d’écrits qui nous révèlent les sentiments des soldats australiens à propos de la France et la meilleure façon de commémorer leurs camarades. Notamment, si nous lisons le poème “Good-Bye Dear Land” (p. 12), nous verrons que les soldats ont éprouvé une certaine nostalgie pour la France, le pays pour lequel ils se sont battus et la dernière demeure de leurs confrères d’armes. Ce sentiment est important, c’est celui dont les soldats avaient besoin pour accepter les traumatismes de la guerre et embrasser la vie. D’après Hedwige Dehon, citée par Pascale Senk dans son article “Les bons côtés de la nostalgie” publié dans Le Figaro, “la nostalgie intensifie l’impression d’être connecté à d’autres”. Pour les soldats australiens qui ont perdu leurs camarades à la brutalité d’une guerre à l’étranger, il est important de se souvenir de leurs “mates” qui ne rentreront jamais chez eux, en conservant un lien entre eux-mêmes et ceux qui sont tombés en France.

Pages from The Derniere Heure

Taylor, J. R. W., (ed.) (1919) The Dernière Heure, Rouen, L. Wolf, p. 19.

Ainsi, la nostalgie est liée au souvenir. L’auteur J. R. W. Taylor a écrit dans son article “The Mates We Leave Behind” de The Dernière Heure : Remembrance – the most precious and abiding tribute Man can pay to the services of his fellows… There is only the great FACT of the dead to face. It is unnecessary to look beyond that.” (p. 13).

Les soldats australiens ont créé entre eux-mêmes une identité et une camaraderie spécifique au contexte de la guerre en France. J. R. W. Taylor suggère que cette camaraderie est un aspect de la guerre pour lequel les soldats australiens ont éprouvé de la nostalgie, et que le souvenir non spécifique fonctionne comme un moyen de rendre hommage aux camarades tombés en France.

Bibliographie

Batten, E. J. (1918), “Letter to ‘Rip’, France 6/5/18”, University of Melbourne Archives, EJ Batten collection 2002.0019.

Benjamin, W. (2000), “Expérience et pauvreté” dans Œuvres, t. II, trad. M. de Gandillac, Paris, Gallimard, pp. 365-372. http://design.esba.free.fr/2012-2013/BNC/ExperienceEtPauvret%E9_W.Benjamin.pdf

Guareschi, M., et Guerri, M. (2007), “La métamorphose du guerrier”, Cultures & Conflicts, 67, 131-155. http://conflits.revues.org/3127?lang=en

Harris, P. (ed.) (1920), Aussie: A reprint of all the numbers of the diggers’ own paper of the battlefield, wholly written, illustrated and printed in the field by members of the A.I.F, Sydney, Australian War Museum.

Senk, P. (2013, 4 octobre), “Les bons côtés de la nostalgie”, Le Figaro. http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/10/04/21336-bons-cotes-nostalgie

Taylor, J. R. W. (ed.) (1919), The Dernière Heure, Rouen, L. Wolf, University of Melbourne Archives, Ray Jones collection 1981.0081.

White, R. (1987), “The soldier as tourist: The Australian experience of the Great War”, War & Society, 5(1), 63-77.

Pour aller plus loin

Al-Joulan, N. A. (2011), “Incurable sores on innocent tongues”, Cross-Cultural Communication, 7(2), 109-115.

Fussell, P. (1975), The Great War and Modern Memory, Oxford, Oxford University

Hüppauf, B. (1993), “Experiences of modern warfare and the crisis of representation”, New German Critique, 59, 41-76.

—— (1997), War, Violence, and the Modern Condition, New York, de Gruyter.

Laugesen, A. (2012), ‘Boredom is the Enemy’ : The Intellectual and Imaginative Lives of Australian Soldiers in the Great War and Beyond, Surrey, Ashgate Publishing Limited.

—— (2003), “Aussie Magazine and the Making of Digger Culture During the Great War”, National Library of Australia News, 14(2), 15-18.

Stillman, M. J. (2011), “War Poets and the Ageless Anger of Achilles”, Military Medicine, 176, 484-485.

The dernière heure: étude des poèmes

Jess Bakker

Derniere Heure, Ray Jones collection

The “Derniere Heure” published at the Australian Section, GHQ, 3rd echelon, president Sgt L Millard, 1919. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, 1981.0081, box 7 item 5/1/5

Le journal de guerre, ‘The Dernière Heure’ publié en 1919 contient des anecdotes, des poèmes, des lettres à l’éditeur, des dessins, des articles, et des hommages à et par l’Armée Impériale Australienne (A.I.F). Produit par l’A.I.F. en 1919, à l’époque The Dernière Heure a fourni une vision rétrospective de la première guerre mondiale, et de la victoire des Alliés. L’A.I.F était le nom donné aux bénévoles de l’armée australienne qui sont partis à l’étranger pour se battre pendant la première et la deuxième guerre mondiale. Les deux éditeurs, James Richard William Taylor et Cyril Leyshon White, étaient soldats de deuxième classe dans la première division de l’A.I.F. Continue reading