Se nourrir sur le front

Karen Mezentsef and Nellie Bi

Officers enjoying their rations

Officers enjoying their rations, from “Australia In The Great War” number 1 page 16. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, box 6.

Les rations

Les rations pendant la Première Guerre mondiale se composaient de nourriture qui ne pouvait pas s’abîmer rapidement. Ainsi, beaucoup d’aliments étaient déshydratés, ou bien se conservaient en boîte, ou bien étaient salés car en utilisant le sel, on pouvait conserver la nourriture plus longtemps.

A cette époque-là, les rations d’un soldat australien inclues par exemple : du “bully beef” qui est un type de bœuf préservé en boîte, de la confiture, du chocolat, du thé, du café, du beurre, il y avait aussi des biscuits durs au lieu de pain frais, des fruits et des légumes secs.

Il existe beaucoup de mots d’argot militaire de l’armée australienne qui décrivent négativement cette nourriture, par exemple : “graisse d’essieu” (ou “axle grease”) pour le beurre, et “le chien en boîte” (ou “dog in a can”) pour la viande en boîte, on peut facilement imaginer pourquoi…

Les colis

Heureusement, les soldats recevaient des colis de leur famille, amis ou groupe de soutien qui comprenaient des “articles de luxe” pour compléter leurs rations: du tabac, des gâteaux, du lait concentré sucré, du sucre, des biscuits sucrés, des saucisses,  des journaux, des pochettes, et des vêtements tricoté à la main. 1 354 328 paires de chaussettes ont été fabriquées par des bénévoles et près de 2 million de colis ont été envoyés en France pendant la guerre.

Ray Jones a reçu beaucoup de colis de ravitaillement dont il parlait souvent dans ses lettres. On voit qu’il remercie régulièrement ses parents pour des produits envoyés, et dans la lettre suivante il remercie sa sœur Dorry, et son amie Miss Callcott :

Excerpt from letter by Ray Jones, 1916

Ray Jones, Lettre #48, p.20, 15/7/16, boîte 2 – lettres 38 à 55, Les Archives de l’Université de Melbourne

Le Pain

Des boulangeries australiennes ont fourni le pain aux soldats sur le front. Il y avait cinq boulangeries qui fonctionnaient pendant la guerre. Elles ont produit 210000 rations par jour en France. Ces rations étaient envoyées par train de Rouen au front.

Les Desserts

Dans les lettres de Ray Jones, on voit qu’il demande souvent à sa mère d’ envoyer des desserts. La plupart du temps il demande du sucre parce que c’était presque impossible d’en trouver “ici” (Jones, Lettre #119, p.8). De plus, la ration de sucre pour un soldat en ce temps-là était seulement de 1 lb par semaine (Jones, Lettre #139, pp.51-52). Sur place, le prix était excessivement élevé (Jones, Lettre #116, p.2). Des desserts quotidiens comme du chocolat, des biscuits, des bonbons et du pudding étaient des produits de luxe pour ces soldats “quelque part en France”.

extraits de lettres de Ray Jones qui parlent des desserts :

Excerpt from Letter by Ray Jones, 1917

Ray Jones, Lettre #116, p.2, 16/12/17, boîte 2 – lettres 38 à 55, Les Archives de l’Université de Melbourne

Excerpt from Ray Jones letter, 1918

Ray Jones, Lettre #135, pp.51-52, 29/4/18, boîte 2 – lettres 38 à 55, Les Archives de l’Université de Melbourne

Excerpt from Ray Jones letter, 1918

Ray Jones, Lettre #119, p.8, 6/1/18, boîte 2 – lettres 38 à 55, Les Archives de l’Université de Melbourne

Le café 

Pour les soldats sur le front, l’ “Australian Comforts Fund” fournissait du café, du thé et du chocolat chaud pour offrir un petit répit de la misère des tranchées. Le premier établissement qui a fourni ces produits est fondé à Pozières en août 1916 par Chaplain W.E Dexter. Selon des rapports de l’ACF plus de 12 millions de tasses de café et de thé ont été distribuées aux soldats pendant la Grande Guerre.

L’alcool

Au front l’alcool remontait le moral aux soldats qui se battaient, à l’arrière, il diminuait la douleur des soldats blessés. Cependant, l’alcool était aussi rare que le sucre ou le café. Avec la consommation d’alcool, le problème de l’ivresse et de l’alcoolisme de troupes surgissait. Afin d’éviter les débordements, l’armée australienne  avait établi des règles strictes. Par exemple, en accord avec les règles d’hygiène publique de Poperinghe, les estaminets avaient la permission de vendre de l’alcool aux soldats seulement de 11 à 13h et de 18 à 20h. Il était interdit de vendre de la bière anglaise ou de la bière brune. Ce qui veut dire que seule la bière légère était permise.

Pour faire face à la vie épouvantable de la guerre, un verre de rhum ou bien du “brandy” était considéré cent fois plus efficace que la médecine. On peut le voir dans une petite histoire humoristique du rhum renversé tirée de Aussie Magazine (1919).

Pour White (1987), le brandy représentait pour ces soldats un moyen aussi important d’échapper à la réalité du quotidien que leurs voyages. Il explique : “Perhaps sightseeing was not as effective an escape as the cherry brandy, to which it gradually, over this period, gave precedence. But both were important methods of dealing with the realities of war.” (White, p. 73). On peut voir cet état d’esprit dans cette “ode” ou “hommage” au vin que l’on trouve dans le magazine “Aussie: The Australian Soldiers’ Magazine” :

Owed to Wine poem

Owed to Wine by Mill. ‘Aussie: The Australian Soldiers’ Magazine’, February 1919 No.11, p.27, Les Archives de l’Université de Melbourne

Les References

White, Richard, (1987) ‘The Soldier as Tourist: The Australian Experience of the Great War’, War And Society, Volume 5, Number 1 (May), The University of New South Wales.

Les lettres de Ray Jones, Ray Jones collection, Les Archives de l’Université de Melbourne.

‘Aussie: The Australian Soldiers’ Magazine’, La Collection de Ray Jones, box 2. February 1919, n.11, Les Archives de l’Université de Melbourne.

http://museumvictoria.com.au/collections/themes/1848/australian-comforts-fund-world-war-i

http://joyoffieldrations.blogspot.com.au/2013/04/field-rations-humor-of-world-war-one.html#uds-search-results

http://www.cuisinealafrancaise.com/fr/article/19-brillat-savarin-jean-anthelme

http://www.awm.gov.au/collection/E00232

www.awm.gov.au/sites/default/files/c00474_2.jpg

http://www.tommyspackfillers.com/showitem.asp?itemRef=RL154

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Corned-beef-1.jpg

http://www.anzacday.org.au/miscellaneous/teacup.html

L’avancement de la médecine pendant la première guerre mondiale

Jaka Bambang

Dental hospital, Egypt, 1918

Dental Hospital Egypt, 1918. University of Melbourne Archives, ABP Amies collection, 1979.0044, BWP27044

La chirurgie esthétique et les rayons x

Dans les archives de Sir Arthur Barton Pilgrim Amies, un célèbre professeur australien en science dentaire, j’ai trouvé une collection de rapports médicaux et d’images de soldats blessés au visage accompagnée des procédures de traitement pour chaque cas. Les images et les rapports viennent de l’Hôpital Queen Mary à Sidcup en Angleterre. L’hôpital était bien connu pour sa chirurgie esthétique, en particulier pour le traitement des blessures au visage. Le service était dirigé par Sir Harold Gillies, un néo-zélandais habitant en Angleterre, qui est considéré comme l’un des pionniers de la chirurgie esthétique. Il a obtenu ce titre en réussissant à transférer la peau d’autres parties du corps sur  les blessures ouvertes des visages des soldats. Cette découverte a été très importante parce que, comme les nombreux cas médicaux et rayons x de la collection le montrent, de nombreux soldats ont été blessés au visage ou à la tète à cause des balles et des éclats d’obus de l’artillerie moderne. Les techniques des rayons x et de l’anesthésie se sont aussi développées grâce à son utilisation fréquente.

L’ hypnose

La lettre de Rowden White sur la guérison des traumatismes de guerre

Sir Alfred Edward Rowden White, né le 5 octobre 1874 à Melbourne, était un médecin, bienfaiteur et aussi un major du Deuxième Hôpital Général Australien (AGH2) à Boulogne, où il a vu beaucoup de soldats blessés et une variété  de cas médicaux. Selon l’une des entrées de son journal, Sir Rowden White a rendu visite à l’hôpital Ashurt à Oxford au cours d’un voyage en Angleterre, pour observer les techniques utilisées pour traiter les soldats qui souffraient de paralysie du corps. A l’hôpital, il observe un médecin hypnotiser l’un de ses patients pour le guérir d’une paralysie de ses membres inferieurs. Grâce à cette thérapie, le médecin réussit à trouver la cause de la paralysie : le patient avait été traumatisé par la guerre et à cause de cela, avait développé la conviction qu’il ne pouvait plus marcher. Sir Rowden White remarque dans son journal que cette méthode risque d’être bien utile pour la médecine. Il n’a pas été loin de la vérité. De nos jours, l’hypnose est une des thérapies utilisées pour traiter les état de Stress Post-Traumatique (aussi appelé ESPT ou en anglais, PTSD), un état très commun parmi les vétérans de la guerre.

Référence

Collection de A.E. Rowden White, Box 1, Letter concerning the visit to Ashurst Hospital in Oxford to view the treatment for war neurosis

Collection de Sir A.B.P Amies, WW1 x-ray images and medical reports of soldiers from Queens Hospital, Sidcup

Collection de Sir Alfred Plumley Derham, Manual of Injuries and Diseases of War, H.M. Stationery Office, 1918

Australian Dictionary of Biography – http://adb.anu.edu.au/

The Gillies Archives – http://gilliesarchives.org.uk/

le soldat touriste   

 Patrick Pham

Ern Batten était en charge des chevaux (driver), dont le poste se situait dans le nord de la France. Il semble qu’il n’ait pas eu beaucoup d’expérience de la guerre au front.

Il venait du Victoria, de Melbourne, de la banlieue d’Alwood. Il est probable que cette banlieue soit en réalité, ‘Elwood’, mais cette information reste imprécise.

À travers ses lettres à son ami ‘Rip’, Ern Batten semble être plus touriste que soldat. Il découvre le monde qui l’entoure avec curiosité. La guerre ne semble pas être son occupation prioritaire.

Mena House baths, Egypt, 1914

Mena House baths, Egypt, 1914. University of Melbourne Archives, Bishop family collection, 1965.0017, BWP3/306

Le point de vue touristique

La notion de “soldat-touriste “ est proposée par Richard White. Selom lui

“… (The journey) keeps a high moral tone. It is infused with a certain humility and is less likely to end in disappointment. It is intended to be educational, civilizing.”

White  soutient que c’est grâce à cette dimension touristique que les Australiens ont trouvé une façon d’échapper aux soucis et aux larmes de la guerre.

Ern parle beaucoup de ses passe-temps, comme de ses baignades dans la rivière

“We have been getting any amount of real good swimming lately”.

Par ailleurs, il se divertit par le sport. Hormis la baignade, il jouait aussi au “cricket”, un sport d’origine anglaise.  De plus, nous voyons qu’Ern Batten écrit et parle beaucoup de ses distractions et des choses mémorables, mais ne mentionne jamais de privations. Le ton de ses lettres est toujours positif, il décrit aussi les paysages de la France et la beauté de la campagne.

“The country around here is much more interesting than that which we left. It is rolling down like country”.

Cela montre que son point de vue sur la France est celui d’un observateur extérieur qui voyage dans le pays et observe les attractions touristiques.

Tandis qu’il reste en France, il s’inquiète pour l’Australie. Il écrit

“Things certainly are in a very rotten way at the Trust”

en relation avec la société ou il travaille. Ainsi voyons-nous que son lien avec l’Australie est bien réel même lorsqu’il est en France. C’est possible que ce lien lui ait donné la force de faire face aux peines de la guerre, en plus de son approche “touristique” de la France qui lui permet sans doute de prendre de la distance par rapport aux réalités de la guerre et de divertir ses lecteurs.

Une bataille l’a fasciné, il s’agit d’un combat entre un seul avion allemand et un bataillon d’avions Anglais. “We have witnessed some exciting aerial contests here lately.” Puis il décrit le combat entre les avions. Enfin, il dit, “It was about the finest bit of work I have ever seen.” Ainsi, ce commentaire nous montre bien que certains soldats Australiens se considéraient comme extérieurs à la guerre. Certes, il est probable qu’il était bouche bée car il n’avait jamais vu d’avions, mais il  n’éprouve aucune émotion. Il n’était ni  triste ni désespéré par cette violence.

Pour conclure, les lettres d’Ern ne nous donnent pas une expérience normale de la guerre. Il est probable qu’il n’a pas beaucoup combattu. De plus, ses lettres dégagent un air de bonheur, d’insouciance. Malgré cela, nous ne pouvons pas supposer que la guerre ne l’a pas affecté. Le massacre était omniprésent, et ils ont fait face à de nombreux risques. Or, c’est à travers ces distractions qu’Ern Batten a pu voir la guerre sous un angle positif.

Bibliographie

University of Melbourne Archives, Melbourne VIC, Australia, 1917-1918, EJ Batten Collection 2002.0019, Ern Batten

University of Melbourne Archives, Melbourne VIC, Australia, 1914-1915, Photos From David in Egypt, in Bishop, Joseph & Family, UMA/I/4485

University of Newcastle, Cultural Collections, Callaghan NSW, Australia 2009-04-15, Soldiers on leave with female companions – WW1

White, R 1987, The soldier as tourist: the Australian experience of the Great War, in War & Society, 5(1), 63-77, p.65

la poésie de guerre

Tomas Kenwery et Alastair Rayner

La poésie a permis à une variété des personnes d’exprimer leurs sentiments pendant la première guerre mondiale, de décrire leurs épreuves et également leurs vies quotidiennes. Ces poèmes ont été écrits par des soldats, des écrivains et des poètes car la poésie était accessible à tous. Ceci est une raison pour laquelle nous avons choisi de l’étudier – elle peut contenir les avis d’un soldat ou d’un écrivain, d’une personne au front ou à l’arrière. Mais aussi la poésie révèle la culture, l’état d’esprit de l’époque.

Goodbye Dear Land de H.T.

Goodbye Dear Land est un poème caractéristique de The Dernière Heure, les initiales de l’auteur sont : H.T. Ce poème traite de la tristesse que l’auteur ressentait en partant de France pour rentrer en Australie. Le poème contient beaucoup de sentiments mélancoliques et d’expression du mal du pays pour la France. En décrivant les traits naturels du littoral et également le bruit de la cloche d’une église qui sonne dans la brise, l’auteur donne une description viscérale de son temps passé en France. En donnant une description bien détaillée, il montre que le temps que l’auteur a vécu en France lui a fait une grande impression.

Ce poème nostalgique évoque des souvenirs heureux passés en France pour les soldats qui s’y sont battus. Ayant passé de longs moments en France, Goodbye Dear Land évoque la tristesse du départ et le pays que ces soldats devront bientôt quitté. Par exemple, il y a quelques strophes qui illustrent cela en utilisant des mots chargés d’ émotion comme “wistful” et “misty eye” :

Goodbye dear land, Derniere Heure

Good-bye Dear Land, in the “Derniere Heure” published at the Australian Section, GHQ, page 33, 3rd echelon, president Sgt L Millard, 1919. University of Melbourne Archives, Ray Jones collection, 1981.0081, box 7 item 5/1/5

 

The Song of the Rifle de E. A. Tardent (Aussie, 12, March 1919, p. 7)

Dans la publication Aussie on peut voir tous les avis sur la guerre. La dernière strophe de The Song of the Rifle illustre l’opinion d’un soldat qui en même temps abhorre et respecte l’arme qu’il doit utiliser :

“And glazed are the eyes and staring,

Sightless and turned to their God,

Where I have spoken and stuttered—

For I am the Chastening Rod.”

Ce poème démontre la peur et le respect donné à une arme à feu. Il semble qu’il ait été écrit par un soldat ou quelqu’un connaissant bien les horreurs de la guerre. Écrit selon la perspective d’un fusil, le poème utilise des mots forts et il décrit la mort sans détour:

“Whenever I speak men die, […]

I make the widows and orphans,

I blight the happiest life”

Cette narration selon le point de vue d’un fusil donne au poème un ton froid et indifférent sur la mort et la vie, ce qui le rend triste et troublant. La publication de ce poème dans Aussie sert probablement à souligner la gravité de la guerre.

 

 

Sir Wilberforce Stephen

Yiru Sun

Wilberforce Newton, c1915

Wilberforce Newton, c1915. University of Melbourne Archives, Newton and Stephen Families collection, 1980.0146

Newton, Sir Wilberforce Stephen est né le 27 décembre 1890 à East Malvern (Melbourne), il est le troisième fils de Hibbert Henry Newton. Wilberforce a étudié à Haileybury College à Brighton, où il était capitaine de l’école. Pendant ses études de médecine à L’Université de Melbourne, il a représenté l’université au hockey et Brighton dans L’Association Victorienne de Football. Après avoir obtenu son diplôme, Newton a répondu à l’appel  de Lord Kitchener demandant à une centaine de médecins australiens pour aider à l’effort de guerre. Il a embarqué pour L’Angleterre le 16 Juin 1915 et il a été nommé lieutenant temporaire du corps médical de La Royal Army. Servant sur le front occidental, il a été promu capitaine en 1916. Le 30 mai 1917, il a renoncé à sa commission. Son journal de guerre décrit la boue, la neige fondante et les bombardements mais également  la difficulté de soulever des blessés dans les tranchées, et sa chance de ne pas encore avoir été blessé.

Extract from Wilberforce Newton's diary

Extract from Wilberforce Newton’s diary

À la sixième page de son journal, il décrit avoir “ramassé des blessés toute la nuit et le jour. Les blessés sont placés dans les tranchées à l’abris”. Ce texte a été écrit le mercredi 30 Juin et le 1er juillet. En tant que médecin, il a passé jours et  nuits avec les blessés et les corps sans vie. Il le montre partout dans son journal.

Extract from Wilberforce Newton's diary

Extract from Wilberforce Newton’s diary

Le 30 août, “j’ai du me coucher la nuit tandis que les balles passèrent ”. Nous pourrions à peine imaginer les conditions de vie difficiles dans les tranchées, la mort est ominprésente. La première partie de son journal, décrit sa vie comme médecin dans les tranchées et des situations que des personnes ordinaires ne pourraient pas tolérer.

Extract from Wilberforce Newton's diary

Extract from Wilberforce Newton’s diary

Extract from Wilberforce Newton's diary

Extract from Wilberforce Newton’s diary

Le 10 et le 11 décembre 1915, il décrit une journée de congé, un moment très apprécié puis le retour à la guerre.

Wilberforce Newton était un bon médecin Australien pendant la première guerre mondiale et indubitablement, il a sauvé la vie à de nombreux soldats.

Ceux qui restent / Gérer la guerre à l’arrière

Stephanie Kilpatrick

Dans les lettres entre Ethel et Muriel, nous voyons les espoirs et les craintes des familles des soldats pendant la Première Guerre Mondiale. Ethel revient à la maison familiale à Yorkshire, en Angleterre, où sa famille a déménagé en 1900 quand Fred, son frère, avait 14 ans. Ethel a six frères dont Fred, et peut-être deux sœurs ou belles-sœurs, dont elle parle. Elle s’est occupée de sa mère et de son père, qui ont tous deux souffert de diverses maladies, et elle est devenue le pilier de la famille. Elle raconte aussi la mort de celui qu’elle aime et de son frère Fred, le fiancé de Muriel.

Murielle Crawford, c1914

Murielle Crawford, c1914. University of Melbourne Archives, Murielle Crawford collection, 1988.0171

D’après ses lettres, on apprend que son père était très malade pendant la guerre; il est possible qu’il souffrait de ‘Dementia’ ou quelque chose de ce genre. La mère, qui pour sa part avait des problèmes aux pieds, ne pouvait s’occuper de lui. C’est la raison pour laquelle, Ethel est retournée à la maison. Par ailleurs elle parle aussi d’autres maladies dont les gens souffraient en conséquence de la guerre. En effet, pendant la guerre, que ce soit au front ou dans le pays, il y avait une pénurie de nourriture, ce qui a amené à l’introduction d’un système de rationnement à partir de février 1918. Ethel mentionne la mauvaise qualité de la farine, ce qui causait des empoisonnements alimentaires, des diarrhées et autres conditions. En outre, en 1918, la grippe espagnole a éclaté et beaucoup en sont morts. En Angleterre on a fermé les écoles à cause de cela. Dans cette même lettre, Ethel dit qu’elle-même a attrapé la grippe mais il n’est pas clair que ce soit la grippe espagnole. Le fait est que malgré les courbatures, elle devait continuer à s’occuper de ses parents tandis que Harry qui aussi avait la grippe, lui, était alité pendant 10 jours et donc a pu se reposer.

Fred Kitching, c1914

Fred Kitching, c1914. University of Melbourne Archives, Muriel Crawford collection, 1988.0171 box 5

Malheureusement, Fred est mort à la guerre. Suite à quoi, la famille d’Ethel a reçu une lettre de Sa Majesté et plus tard une autre du pasteur du 48ème bataillon. Le prêtre décrit la mort de Fred ainsi : le matin il s’est allongé, ne se sentant pas très bien, mais il s’est relevé pour prendre une tasse de thé et s’est soudain écroulé d’une crise cardiaque. Ethel a écrit au prêtre pour demander si cela aurait pu avoir été causé par un empoisonnement au gaz mais aucune réponse n’est mentionnée dans les lettres que nous avons lues. Après la mort de Fred, Ethel et Muriel rencontrent des problèmes avec la bureaucratie militaire. Fred n’avait pas laissé de testament officiel mais dans ses affaires il est indiqué que ses biens devraient revenir à Muriel. Cependant il avait aussi nommé son père comme son plus proche parent et Muriel n’était pas encore son épouse. Beaucoup de lettres parlent du fait qu’Ethel devait envoyer des preuves quant à la relation entre Muriel et Fred au bureau de l’armée. Plus tard, au bout de plusieurs mois après la mort de Fred, la mère essaie de récupérer les affaires de Fred mais en vain.

Suite à la mort de son ‘noble’ frère qui « avait donné sa vie pour sauver celle des cinq autres frères à la maison », Ethel se tourne vers Dieu tandis que Muriel se détourne de la religion. Ethel parle plusieurs fois de la volonté de Dieu et de ne pas questionner les raisons pour lesquelles il a repris Fred. Ethel conseille à Muriel de garder la foi ; « Nous devons écouter la volonté de Dieu car il sait ce qui est mieux pour nous, bien que cela semble très dur. Le chemin de Dieu est le meilleur et sa volonté sera faite ». Ethel trouve aussi un peu de réconfort en glorifiant la mort de son frère. A plusieurs reprises elle parle de Fred en des termes très élogieux, par exemple, elle dit à Muriel de ne pas pleurer son « Noble amant » car il s’est montré brave et fier et il a connu une mort glorieuse.

Ethel et Muriel s’écrivent souvent mais le courrier arrive en retard à cause de la guerre. Après la mort de Fred, la famille d’Ethel, mais surtout Ethel, encourage constamment Muriel à leur rendre visite et à venir à la maison familiale. Mais malheureusement, on ne sait si Muriel répond à ces lettres insistantes parce que la correspondance dans les archives s’arrête après la nouvelle de l’armistice en Angleterre. Ethel parle des réjouissances à cette annonce dans tout le pays. Malheureusement aussi, c’est un moment amer car le frère d’Ethel était enterré en France et de plus, juste avant l’annonce de l’armistice, elle a appris la mort de Fred Bennet , un ami ou un beau-frère de Muriel. Ethel a fait face à la guerre bravement et aux responsabilités qui se sont ensuivies.

Bibliography

Correspondence Murielle Crawford, Archives des lettres entre Ethel et Muriel

Guerre 1914- 1918 http://www.odomez.fr/vivre-a-odomez/notre-histoire/le-monuments-aux-morts/guerre-1914-1918/

Rationing and World War One http://www.historylearningsite.co.uk/rationing_and_world_war_one.htm

Des expériences émotionnelles des femmes pendant la Première Guerre Mondiale

Natalie Tizi

Letters from Frederick to Muriel

Lettres de la famille de Frederick en Angleterre à Muriel en Australie le 19 février 1918 – Des archives d’Université de Melbourne

Quand on évoque le thème de la Première Guerre Mondiale c’est habituellement des soldats dont on parle. On oublie souvent que la douleur, l’inquiétude et les traumatismes existent aussi pour les femmes pendant la guerre, particulièrement pour les sœurs, les mères et les fiancées des soldats qui ont perdu leur vie à cause de la guerre. Dans leurs lettres à leur famille, les soldats décrivaient souvent les conditions de vie au front, mais ces informations étaient souvent destinées à réconforter leurs proches et à leur dire  qu’ils étaient encore sains et saufs. Pour ce dossier, je me suis concentrée sur plusieurs lettres écrites par un soldat australien et sa sœur qui montrent les émotions qui existent au moment de la Première Guerre Mondiale. Pour moi, ces lettres personnelles sont très touchantes et captivantes.

Muriel Crawford et Ethel Kitching sont deux femmes, l’une australienne et l’autre anglaise, qui pendant la Première Guerre Mondiale ont subi la perte d’un soldat dans leur famille. Ce soldat était d’origine anglaise. Il vivait en Australie et était parti en poste en France, il s’appelait Frederick Kitching, le frère d’ Ethel et le fiancé de Muriel. Pour les deux femmes la mort de Frederick a été une épreuve terrible. Dans les correspondances d’Ethel, le lecteur observe la manière dont elle gère son chagrin et la façon dont elle console Muriel. Malheureusement nous n’avons pas de correspondances écrites par Muriel à Ethel ou à Frederick, nous devons donc formuler des hypothèses sur la façon dont Muriel a vécu ce moment difficile à travers les réponses d’Ethel et de Frederick avant sa mort.

En lisant les lettres envoyées par Ethel et Frederik, nous apprenons beaucoup sur Muriel et pouvons nous faire une idée de qui était cette jeune femme australienne. Avant la mort de son fiancé, il semble que Muriel envisageait un avenir radieux ensemble, et qu’elle espérait déménager en Angleterre avec lui pour rendre visite à sa famille.[i]

Dans les lettres que Frederick a écrites à Muriel, nous voyons que ses témoignages de la guerre sont plutôt positifs parce qu’ils ont pour but de rassurer Muriel. Ses lettres montrent un désir de revenir chez lui et d’être réuni avec elle.[ii] Pourtant il y a aussi les lettres qui montrent la peur, la peur pour sa vie et aussi pour la personne qu’il deviendra quand il reviendra.[iii] [please insert exert of letter from 14.01 where he expresses fear for his life and the person he might become once back home]

Pensant que la guerre ne finira jamais, Muriel commence à perdre espoir. Mais Frederick, la rassure et lui dit que la guerre finira certainement un jour. Dans ses lettres, il lui dit qu’il rêve de leurs retrouvailles, et ces rêves le rendent heureux quand tout le reste est misère. Juste avant sa mort Frederick lui avoue que la vie d’un soldat en France est une vie misérable déclarant qu’il n’y a pas de joie ou de gloire dans la guerre, sauf les rêves du retour.[iv]

Letter from Frederick to Muriel, 1918

Un extrait d’une lettre de Frederick – le 14 janvier 1918 – Des archives d’Université de Melbourne

La correspondance entre Muriel et la famille de Frederick au sujet de sa mort sont extrêmement touchantes, parce qu’elle représente la façon dont les gens de cette époque ont surmonté leur douleur. Ethel écrit à Muriel après la mort de Frederick en exprimant son chagrin mais elle lui dit que sa mort n’a été pas en vain, car il est mort pour sauver l’humanité. Elle rappelle à Muriel qu’il a été le seul homme de la famille qui est allé à la guerre et donc, “he did his duty holy and faithfully and we think it was a glorious death.[v] Malgré la mort de Frederick, Muriel est aimée encore de sa famille à lui. Un frère de Frederick dans une lettre lui dit qu’il est encore son ami, bien qu’il ne soit plus son futur beau frère à elle.[vi]

Pour Ethel la mort de Frederick a été la volonté de Dieu. Elle dit à Muriel qu’elle ne doit pas pleurer trop, parce que ”God’s way is best and God’s will be done”.[vii] Pour moi, en tant que lectrice du 21e siècle, il est difficile de comprendre ces mots car de nos jours la plupart des gens croient que la mort des jeunes hommes qui se sont battus dans une guerre est toujours inutile car il représente un gaspillage d’une vie précieuse. Pourtant, pour la famille de Frederick et peut-être celle de Muriel aussi, sa mort représente le devoir qu’il a rendu à sa patrie. Donc, ces témoignages représentent le patriotisme fort qui a existé au début du 21e siècle, particulièrement au moment de la guerre.

Quand Frederick est arrivé pour la première fois en France (en 1916) il a voyagé par train de Marseille au Havre et puis par bateau en Angleterre pour le reste de son entraînement militaire. A ce moment il était moins optimiste sur le résultat de la guerre. Il raconte à Muriel que les femmes en France sont comme des esclaves faisant tout le travail qui est habituellement fait par les hommes. Il remarque aussi qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes hommes encore en France qui ne sont pas au front. Frederick est honnête avec Muriel disant que “the war is far more serious than even the people in Australia think it is, and it seems to be a long way off being finished.”[viii]

Report of Frederick's death

L’acte de décès de Frederick Kitching envoyé à Muriel Crawford – le 7 mai 1918 – Des archives d’Université de Melbourne

Si nous comparons cette lettre avec celles qui sont juste avant sa mort, nous voyons son optimisme croitre : il pense qu’il reviendra bientôt. Son espoir est représenté par les remarques comme “I am going to be one of those lucky ones, if they shoot me I wouldn’t die to please them.”[ix] Dans sa dernière lettre il dit à Muriel que son bataillon partira pour les tranchées[x] et ce sont dans ces tranchées qu’il sera blessé mortellement le 6 février 1918. On ne peut qu’imaginer le désarroi de Muriel à la lecture de ces dernières lettres remplies d’espoir pour découvrir quelques semaines plus tard que son amour est mort.

[i] Une lettre écrite par Ethel à Muriel – le 16 février 1918

[ii] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 5 septembre 1916

[iii] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 14 janvier 1918

[iv] ibid.

[v] Une lettre écrite par Ethel à Muriel – le 4 avril 1918

[vi] Une lettre écrite par Edith et Percy Kitching à Muriel – le 18 février 1918

[vii] Une lettre écrite par Ethel à Muriel – le 4 avril 1918

[viii] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 9 août 1916

[ix] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le 5 septembre 1917.

[x] Une lettre écrite par Frederick à Muriel – le premier janvier 1918